Zoophilie sous Louis XI

Publié le par les-cahiers-dom-le-noir

Parmi les textes de ce tome VIII l’un d’eux m’a particulièrement intéressé. Il s’agit de la procédure de paiement à Colin Maugier, franc archer, de 4 livres et 10 sols pour un voyage de Carentan au château de Vaujours à Château-la-Vallière (37). Un accusé de réception signé le 16 août 1473 par Jehan sire de Bueil comte de Sancerre sert de justificatif au paiement effectué le 24 août suivant par Denis Cadot receveur de la vicomté de Carentan.

A travers ces documents on apprend énormément de choses. D’abord la durée du voyage : il est à Vaujours le 16 août et à Carentan le 24. En supposant qu’il se soit présenté au siège de la vicomté pour être payé dès son retour cela ferait des étapes journalières de 37 kilomètres.

Ensuite qui est ce sire de Bueil ? Il s’agit d’un capitaine de Charles VII qui a contribué à la reconquête de la Normandie et dont le Roi avait fait un capitaine de Cherbourg avant de lui donner l’exercice de la vicomté de Carentan en l’autorisant à la subdéléguer à une personne compétente et à résider sur ses terres qui ne sont pas normandes.

Alors maintenant, venons en à la mission. Il s’agissait de convoyer de Normandie en Touraine des oiseaux habitués aux marais du Cotentin : cest assavoir 3 butoreaux dont en y a ung nommé Courbe lequel est noir sur le doux, deux turblez, ung cormoraige, et l’ung des trublez morts, une grue vive trois gourmaux dont en est ung nommé Canya, une benesque grise de mer, une sygoigne noire, trois egrettes nines, et a apporté les pieds et ailles d’une autre egrette qu’il dit estre morte en chemin, et est en som(m)e seize oaiseaux lesquels Denis Cadot nous a envoiez par led. Maugier.

A quoi pouvaient bien servir de tels oiseaux ? Dans un premier temps j’ai pensé à la table du seigneur puisqu’à l’époque on consommait des oiseaux qu’on ne mange plus aujourd’hui : paons, hérons, etc... Il fallait donc qu’ils arrivent vivants pour être consommés frais. Le fait que deux aigrettes soient mortes en chemin et que la preuve en soit apportée avec la livraison des pattes n’est pas surprenante car les oiseaux ont du être payés départ de Normandie. Mais en cherchant des informations sur le château de Vaujours aujourd’hui en ruines, j’ai trouvé une vue cavalière reconstituant la forteresse à l’époque de notre affaire . Elle est entièrement entourée non pas de douves mais d’un réseau complet de pièces d’eau et d’étangs. Bueil connaît bien la faune de « sa» vicomté de Carentan, fait capturer ces oiseaux et se les fait livrer pour son château.

En tous cas, nous sommes en plein abus de bien social…

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